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Et si le vrai problème n’était pas le manque de données, mais notre difficulté à comprendre ce qu’elles révèlent ensemble ?

Priscilla Alarie  ·  5 min de lecture

Les organisations n’ont probablement jamais possédé autant de données.

ERP, CRM, systèmes RH, tableaux de bord, fichiers Excel, rapports financiers, données de production, indicateurs qualité, sondages employés, historiques de ventes : nous mesurons presque tout.

Et pourtant, les dirigeants continuent de découvrir certains problèmes trop tard.

Pourquoi ?

Peut-être parce que nous avons appris à collecter l’information beaucoup plus vite que nous avons appris à en faire émerger le sens.

Le signal était là. Mais pas au bon endroit.

Cas vécu

Lors d’un mandat, un directeur des ventes m’explique que l’analyse du trafic Web lui apporte peu : sa clientèle est essentiellement B2B.

Puis il ajoute, presque en passant :

« Il y a surtout des visites sur la page Carrières. Mais ça, je ne regarde pas ça. »

Pendant ce temps, l’entreprise peine à recruter.

La donnée existait. Elle était observée. Elle était même suffisamment inhabituelle pour être remarquée.

Mais elle se trouvait dans le champ de vision des ventes alors que sa valeur appartenait aux ressources humaines.

Personne ne l’avait reliée au problème de recrutement.

Ce cas paraît banal. Il révèle pourtant une limite fréquente de nos organisations : nous structurons l’information selon les fonctions qui la produisent ou la détiennent, plutôt que selon les problèmes qu’elle pourrait éclairer.

  • Une donnée Web n’est pas nécessairement une donnée marketing.
  • Une donnée qualité n’appartient pas uniquement à la qualité.
  • Un signal RH peut annoncer un problème opérationnel.
  • Une variation financière peut révéler un problème de processus.

La donnée avait traversé le système. Le sens, lui, était resté dans un silo.

Nous regardons encore l’organisation par morceaux

  • Un taux de roulement appartient aux RH.
  • Une baisse de rendement appartient aux opérations.
  • Une hausse des reprises appartient à la qualité.
  • Un retard de livraison appartient à la production.
  • Une diminution de marge appartient aux finances.
  • Et les visites sur la page Carrières appartiennent aux ventes.

Chaque fonction observe son indicateur, cherche sa valeur ou sa cause et tente d’en tirer profit ou de corriger son problème.

C’est logique.

Mais une organisation ne fonctionne pas en silos. Elle fonctionne par interactions.

Imaginons qu’un employé expérimenté quitte l’entreprise. Rien d’exceptionnel.

Quelques semaines plus tard, le temps de réglage d’un équipement augmente légèrement. Le changement reste sous le seuil d’alerte.

Puis les reprises augmentent. Les superviseurs compensent. Les délais commencent à varier. Les heures supplémentaires progressent. La marge se contracte.

Pris séparément, chacun de ces événements peut sembler explicable.

Reliés dans le temps, ils racontent peut-être une seule histoire : une connaissance critique a quitté le système sans avoir été transférée.

La donnée n’était pas absente. La relation était invisible.

Un signal faible ne devient informationnel que dans son contexte

Nous cherchons souvent les anomalies les plus fortes : un indicateur au rouge, une dérive importante, un incident, une plainte, une perte financière.

Mais lorsque le signal devient évident, le phénomène qui l’a produit est parfois déjà bien installé.

Les transformations commencent souvent beaucoup plus tôt, sous forme de variations qui semblent insignifiantes.

  • Une exception devient récurrente.
  • Un fichier parallèle apparaît.
  • Une validation supplémentaire devient nécessaire.
  • Une personne devient indispensable.
  • Une équipe cesse progressivement de faire confiance aux données du système.

Aucun de ces éléments ne constitue nécessairement un problème majeur.

C’est leur convergence qui peut le devenir.

Et l’IA dans tout ça ?

C’est précisément ici que l’intelligence artificielle devient intéressante.

Pas parce qu’elle « sait » davantage que l’organisation.

Mais parce qu’elle peut augmenter notre capacité à comparer, rapprocher, détecter des récurrences et explorer des relations dans des volumes d’information que l’humain ne peut raisonnablement traiter seul.

Encore faut-il lui poser les bonnes questions.

Automatiser l’analyse d’un système mal compris ne produit pas nécessairement plus d’intelligence. Cela peut simplement produire plus rapidement les mêmes angles morts.

L’IA devient puissante lorsqu’elle augmente une capacité humaine essentielle : faire émerger du sens à partir d’éléments dispersés.

Le prochain avantage compétitif ne viendra peut-être pas des organisations qui possèdent le plus de données. Il viendra de celles qui sauront voir ce que leurs données racontent ensemble.

Ce texte décrit ce que je cherche dans une organisation.

Si vous reconnaissez la vôtre, parlons-en.

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